Les questions démographiques s’inscrivent à l’agenda des politiques publiques, avec la prise de conscience de leur importance dans les politiques locales d’aménagement du territoire.
En lien avec les transitions climatiques (adaptation dans un monde à +1,5° Celsius, résilience des territoires face aux manifestations du dérèglement climatique – fréquence, intensification et durée des phénomènes climatiques et météorologiques extrêmes), les transitions sociétales (nouveaux modes de cohabitation, confrontations de visions du monde entre générations, accentuation de la numérisation des rapports sociaux, demande de sens et de meilleure prise en compte de la séparation entre vie professionnelle et vie privée, etc.), les transitions démographiques à l’œuvre et à venir interrogent aussi bien nos modes de pensée (fin de la croissance continue de la population, prise en compte des aspirations individuelles, vieillissement de la population, etc.), que nos modes d’action en matière d’aménagement durable du territoire (comment garantir l’égalité des territoires dans un espace polarisé ?).
En 2024, la Région Grand Est et le réseau des agences d’urbanisme 7Est sont convenus d’une « Analyse prospective des impacts des dynamiques démographiques ». L’Agence d’urbanisme de Strasbourg Rhin supérieur (Adeus) et l’Agence de développement des territoires Nancy Sud Lorraine (Agence SCALEN) ont assuré le pilotage de cette étude, et se sont appuyées sur les cinq autres agences pour les accompagner dans la réalisation de ces travaux (Afut Sud Alsace, AGAPE, AGURAM, AUDC et AUDRR).
Le Grand Est est l’une des régions les plus peuplées de France hexagonale (5,53 millions d’habitants en 2021). Cependant, les dynamiques démographiques à l’œuvre depuis la fin des années 1960 indiquent que la région est aussi l’une des plus atones.
Au cours de la période 1968-2021 (soient 53 ans), la population a augmenté de 0,21 % par an, la situant ainsi à l’avant-dernière place, juste devant les Hauts-de-France (0,20 %) et juste après la région Bourgogne-Franche-Comté (0,22 %), mais loin derrière la Corse (1 %), Provence-Alpes-Côte d’Azur (0,84 %) ou encore l’Occitanie (0,83 %).
Le Grand Est était la quatrième région la plus peuplée de France hexagonale de 1968 à 1999, derrière l’Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et les Hauts-de-France. La région a brièvement occupé le cinquième rang en 2010, cédant sa place à la Nouvelle-Aquitaine, la cinquième place étant occupée depuis 2015 par l’Occitanie. Sa population a pourtant continué de croître, mais à un rythme beaucoup plus lent que les autres régions.
Sa situation géographique au nord-est de l’hexagone ne lui permet pas de bénéficier de l’héliotropisme ni de l’haliotropisme (ou thalassotropisme), qui caractérise les migrations résidentielles des dernières années.
Au-delà de la « simple » dynamique démographique, il apparaît que le solde naturel (différence entre les naissances et les décès) est l’unique moteur de la croissance de la population, indiquant ainsi que le solde migratoire apparent (différence entre les entrées et les sorties du territoire) est négatif.
En effet, la contribution du solde naturel à la dynamique démographique entre 1968 et 2021 s’élève à 0,39 % par an, classant ainsi le Grand Est dans une position médiane au regard des autres régions de France hexagonale (0,83 % par an en Île-de-France et 0,01 % par an en Nouvelle-Aquitaine).
La contribution du solde migratoire à la dynamique démographique entre 1968 et 2021dans le Grand Est est négative et s’établit à -0,18 % par an, situant la région parmi les quatre dont le solde migratoire est négatif (-0,33 % dans les Hauts-de-France, -0,29 % en Île-de-France et -0,08 % en Normandie), loin derrière la Corse (+0,98 %), l’Occitanie (+0,75 %) ou Provence-Alpes-Côte d’Azur (+0,62 %).
Les projections démographiques établies par l’INSEE, sur la base des dynamiques démographiques de la période 2013-2018, indiquent que, contrairement à l’ensemble de la France hexagonale, la population pourrait légèrement augmenter à l’horizon 2050, pour ne pas parler de stagnation, voire diminuer de 14 %, dans le scénario « population basse ».
Ces dynamiques passées présentées ici sur une longue période d’un peu plus d’un demi-siècle ont été analysées plus finement, sur une période plus réduite (1999-2021) et à l’échelle des 163 bassins de vie que compte la région.
Les bassins de vie retenus sont ceux dont la ville centre est localisée dans le Grand Est. Cela signifie que certains peuvent déborder sur les régions voisines. À l’inverse, lorsque les bassins de vie débordent des régions voisines dans le Grand Est, ils ne sont pas pris en compte (c’est le cas de 10 bassins de vie dont la ville principale est située dans les Hauts-de-France, en Île-de-France ou en Bourgogne-Franche-Comté).
Entre les dynamiques passées et les projections de population, le choix a été fait de s’attarder particulièrement sur trois sujets distincts, mais liés entre eux, et dont les impacts sur les politiques publiques et l’accompagnement des territoires par la Région Grand Est seront déterminants : la diminution des naissances et le vieillissement de la population. Ces deux phénomènes démographiques sont des tendances récentes (natalité) ou de fond et prévisibles (allongement de l’espérance de vie), qui entraîneront indéniablement des conséquences sur la population active et par ricochet sur les emplois et les besoins de formation.
Cette analyse révèle ainsi des disparités territoriales, avec dans certains cas des signaux d’alerte, notamment sur l’inversion des tendances démographiques, dont les impacts peuvent être forts pour les populations et les activités.
Entre ralentissement de la croissance démographique, concentration des populations dans certains bassins de vie, augmentation de l’indice de vieillissement ou encore baisse de la fécondité, les défis sont multiples et obligent à revoir la manière de concevoir l’aménagement du territoire.
Les travaux cherchent également à identifier les causes des phénomènes à l’œuvre, avant d’en tirer quelques enseignements en termes d’impacts sur le devenir des territoires du Grand Est.
Ainsi, la présente synthèse de l’analyse est constituée de trois parties :
- Un état des lieux des dynamiques passées ;
- Les projections de population ;
- Les impacts des transitions à l’œuvre et les compétences de la Région qu’elles interrogent.