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28e rencontre de l'ADEUS : L'avantage métropolitain

28e rencontre de l'ADEUS

L'avantage métropolitain 28. Treffens der ADEUS

Il n’y a de vraie métropole, en France, que Paris. Pourtant, la métropolisation en Alsace est en marche, Strasbourg est Eurométropole et le titre est attirant, comme l’appétit de Reims ou Nancy pour cette qualification le montre. La métropole en opposition aux territoires moins denses ?

La reconnaissance de l’avantage métropolitain ne sonnera pas, je l’espère, comme une provocation à l’égalité des territoires. Pourtant, est-il possible de penser que notre économie peut se répartir également dans tous les territoires ? La réponse, pour moi, est non, car les solidarités territoriales économiques ne s’exercent pas de la même façon dans un monde de production principalement de biens d’équipement que dans celle d’une économie de production de biens plutôt immatériels, nécessitant la mobilisation de ressources diverses.

L’inégalité des territoires est une question qui se pose à différentes échelles. Elle apparait actuellement dans notre façon de penser la grande région, dans les relations entre Reims, Metz, Nancy, Mulhouse et Strasbourg : chacun aspire à une mise en réseau plat. Le rôle de Strasbourg comme hub reste un impensé. Tout autant à l’échelle de la région Alsace qu’à l’échelle des communes de l’Eurométropole, notre imaginaire en est resté souvent à l’idée de territoires qui fonctionneraient côte à côte, et à qui on devrait l’égalité - alors que le monde a changé en les imbriquant, en les recomposant, en confortant les différenciations et en multipliant les apports réciproques, en faussant les périmètres à l’aune desquels cette mesure d’égalité aurait pu être prise. Peut-être qu’au lieu de couronnes, nous devrions adopter le vocabulaire de réseau pour rendre compte de cette réalité installée.

Les intercommunalités comme l’Eurométropole de Strasbourg ont d’abord été créées pour gérer des questions techniques sur leur périmètre, comme les ordures ménagères, puis elles ont porté de grands projets urbains, comme le Zénith ou le tram. Est arrivé le temps où l’on attend qu’elles soient stratèges : le développement passe maintenant par un jeu d’alliances à des échelles bien plus vastes que les seules communes et intercommunalités. Le rôle de l’Eurométropole est d’ouvrir à ses territoires alliés internes et externes des opportunités qui ne seraient pas sans ces alliances : un rôle de moteur, donné par l’avantage métropolitain.

Cette question mérite approfondissement : comment des mises en réseau entre la ville-centre et les différentes autres communes peuvent-elles permettre des retombées collectives ? Par quelles alliances entre Strasbourg, Mulhouse, Karlsruhe, mais aussi Colmar, et certainement Haguenau et Molsheim, passe le confortement du potentiel alsacien ? Pouvons-nous, au moins partiellement, dépasser cette idée première de concurrence entre territoires à ces échelles ? Nous avons besoin de décoder dans un fonctionnement en réseau ce que signifie un rôle de centre, de hub, de ville capitale de région.

L’avantage métropolitain pourrait donc apparaître comme un sujet très politique, voire comme une question taboue. Il est temps que les éclairages de Ludovic Halbert nous aident à décoder ce dont il est fait, si nous y avons collectivement intérêt, et dans quelles conditions.